Vous trouverez dans cet article :
- La présentation d’Emmanuelle Garnier, présidente de L’Université Toulouse Jean Jaurès
- Une réflexion de Mr Michel Chandelier sur les résidences artistiques au CIAM
- La Résidence Artistique anniversaire des 40 ans avec Pascal Delhay
Présentation par Emmanuelle Garnier
Présidente de l’Université Toulouse – Jean Jaurès
« Résider au CIAM , Centre d’Initiatives Artistiques du Mirail de l’Université Toulouse – Jean Jaurès a été l’occasion, pour le danseur et chorégraphe Pascal Delhay, de se familiariser en profondeur avec une communauté universitaire plurielle, que l’on sait avide de créations, curieuse de spectacles inventifs, friande d’installations et de performances iconoclastes.
Entre 2017 et 2019, durant douze mois, en effet, l’artiste a été accueilli en résidence à La Fabrique, sur le campus du Mirail. Ce format long l’a conduit à présenter douze opus distincts, qui explorent des dispositifs formels très personnels tout en intégrant régulièrement le travail d’autres artistes invité-e-s.

La Fabrique, Salle de Spectacle du CIAM, université Jean Jaurès , Toulouse.
Les restitutions de résidence viennent achever la célébration de l’anniversaire du CIAM qui, depuis 40 ans, porte haut les ambitions artistiques et culturelles de notre université. À travers une programmation diverse et foisonnante, le CIAM promeut la création sous toutes ses formes : celle d’artistes aguerri-e-s tout autant que celle d’artistes en formation, notamment dans les cursus qu’offre l’Université Toulouse – Jean Jaurès (en musique, arts plastiques, design, arts de la scène…), toute-s invité-e-s à créer ou présenter leurs travaux dans la salle de spectacle ou dans les espaces d’exposition-installation de La Fabrique, ainsi que dans d’autres espaces associés, sur le campus du Mirail ou sur les autres campus de la Région.
Depuis toujours, le parti pris de l’université est de faciliter l’accès à cette offre culturelle par la gratuité des spectacles et des expositions mais aussi par le choix d’horaires permettant à chacun-e, étudiant-e-s et membres du personnel, d’en bénéficier. La culture, la création artistique, la recherche scientifique par la création, l’expression par le corps, la couleur, les sons, les objets, participent de la formation des êtres. Elles contribuent à leur émancipation individuelle et sociale face à la pression médiatique des conformismes et aux modèles actuels de la pulsion consommatrice. Dans notre université, la richesse de la vie culturelle se fait le miroir d’une pensée critique qui respire, bouillonne, nous traverse et nous transforme. Notre université, en tant que lieu de déploiement de politiques publiques et creuset de la formation de citoyen-ne-s, entend continuer d’offrir au plus grand nombre des expériences esthétiques intenses, et encourager tout un chacun à s’ouvrir à la diversité culturelle, à s’engager dans une pratique artistique et à porter un regard singulier sur le monde.
Avec la résidence de Pascal Delhay, les étudiant-e-s, les personnels de l’université, les artistes et le public des habitué-e-s de La Fabrique ont ainsi pu découvrir un processus de création inédit et partager une recherche chorégraphique riche dans ses manifestations, puissante et stimulante dans son désir d’emmener les spectateur-trice-s, depuis le mouvement du corps, jusqu’au plus profond de la conscience humaine. »
Emmanuelle Garnier
Présidente de l’Université Toulouse – Jean Jaurès
Matière à réflexion : les 40 ans du CIAM
Par Mr Michel Chandelier , Directeur du CIAM
Quand, en 2017, le CIAM (Centre d’Initiatives artistiques de l’Université Toulouse II – Jean Jaurès) choisit de marquer les 40 ans de sa création par un programme spécifique, il s’assigna pour objectifs un bilan de l’action conduite autant qu’une réflexion prospective pour adapter cette action aux réalités actuelles, comme aux évolutions qui se dessinaient.
Un bilan s’imposait, car l’aventure débutée dans la seconde moitié des années 70 à l’université alors nommée Toulouse-Le Mirail s’avérait singulière en voulant pour son essor s’appuyer d’emblée sur des artistes plutôt que sur des animateurs, en inscrivant aussi son intervention dans la cité au lieu de la limiter au campus et par l’engagement exigeant de son action et de ses acteurs en faveur de l’art, caractères restés vivaces durant les décennies suivantes, même si, chemin faisant, des aménagements, des changements même étaient intervenus, qui rendaient légitime et instructif un retour évaluateur sur cette histoire.
Les évolutions institutionnelles, sociales et techniques récentes comme celles à venir prescrivaient tout autant une réflexion à un moment où, dans sa pratique culturelle, l’étudiant cessait d’être réduit à la seule condition de spectateur et se voyait désormais offrir l’opportunité de devenir à son tour acteur de la création, à ce moment aussi où la quasi-généralisation de l’action culturelle dans les établissements d’études supérieures pouvait laisser penser que la cause était entendue et qu’il suffisait désormais de suivre le mouvement ; et encore au moment où cette situation pouvait inciter l’opérateur en charge de cette mission et l’établissement à céder ici ou là à une politique de la demande, au lieu de continuer de privilégier celle de l’offre qui entend bousculer les habitudes, ouvrir le spectateur à des territoires qu’il ignore ou méconnait, l’amener avant tout à devenir curieux et critique.
Et cette dernière orientation se justifiait dans une université dont la recherche était l’une des deux missions essentielles et où artistes et chercheurs pouvaient collaborer ensemble pour croiser leurs démarches respectives et apprendre les uns des autres, dans le but d’ouvrir de nouvelles voies à la connaissance.
Sur ces bases et dans ce contexte, le 40e anniversaire ambitionnait de proposer au public un éventail de propositions inédites par leur contenu, leur format ou leur domaine artistique. L’inédit se concevait non dans l’absolu, mais en regard de nos pratiques, des réponses que nous apportions d’ordinaire à nos missions. Il visait ainsi à élargir le champ de notre action, à la renouveler, avec le souci de l’interroger bien sûr.
Une résidence d’artiste accordée à Pascal Delhay d’une durée inhabituelle de neuf mois trouva sa place dans ce programme.
Elle épousait la ligne directrice de la saison anniversaire, à la fois rétrospective et prospective. Elle entendait en effet retracer une trajectoire artistique originale commencée elle aussi – nous le découvrîmes plus tard – voilà 40 ans et répondait ainsi à un projet d’ensemble structuré pour cet anniversaire autour de quelques thèmes dont celui de l’Histoire, mais elle se définissait également comme une dynamique de création aboutissant à la production d’œuvres inédites, car le travail de l’artiste invité se poursuivait.
Le temps que la résidence accordait à Pascal Delhay entendait lui donner les moyens de déployer toute son œuvre, pour permettre au public d’en mesurer la singularité autant que la cohérence et rendre sa démarche intelligible.
Le flux habituel de notre programmation – une action, parfois deux par jour – ne laissait guère la possibilité jusque-là de nous attacher en profondeur au travail d’un artiste pour en discerner toutes les facettes. La durée de la résidence proposée à Pascal Delhay nous accordait le moyen de rompre avec cette contrainte.
Peu à peu s’imposa l’intérêt d’un texte qui rendît compte de cette résidence pour mettre en lumière son architecture singulière et de ce qu’elle avait accompli, mais plus encore pour éclairer le travail de l’artiste et son parcours, et sans doute autant notre action à travers la sienne.
Michel Chandelier
Directeur du CIAM
Une résidence artistique « Carte Blanche » pour les 40 ans de carrière de Pascal Delhay et les 40 ans du CIAM
Par Mr Michel Chandelier, Directeur du CIAM
Chaque année, le CIAM accueille nombre de résidences d’artistes à la Fabrique, le bâtiment dédié aux Arts et à la Culture inauguré en 2009 par l’université. L’espace de la scène, ses équipements et ses régisseurs sont alors mis gratuitement à la disposition des bénéficiaires qui, au terme de leur séjour, présentent au public du lieu leur création ou une étape de travail de celle-ci. Ce n’est pas le modèle qui a été adopté pour la résidence accordée à Pascal Delhay, sans doute parce qu’à l’origine de ses échanges avec le CIAM, l’artiste n’en était pas demandeur. Le référent de ce projet est à chercher plutôt dans les résidences contractualisées en 2001 avec le photographe Luc Delahay ou, l’année suivante, avec la Dacca de Marrakech, pour déboucher sur une commande à la fois précise et ouverte, encore que celle dont il est ici question se démarque de ces expériences antérieures par plus d’un trait.
C’est dans le contexte de la préparation du 40e anniversaire du CIAM et durant une discussion avec le chorégraphe, qui n’avait pas cet objet en perspective, que l’idée a jailli d’une résidence qui ne servît pas sa dernière création en chantier, mais s’appliquât à l’ensemble de sa production artistique. Comme avec le photojournaliste ou les 14 musiciens marocains, c’est un projet co-construit qui se dessina à ce moment, une action dont le contenu comme le déroulement répondaient autant aux propositions de l’artiste qu’aux envies du CIAM, à l’identité du lieu d’accueil et aux orientations que celui-ci prescrivait dans ce cadre.
Le résultat de ces échanges fut un projet fondé sur une durée longue pour retracer l’histoire et éclairer l’œuvre foisonnante d’un chorégraphe qui, à la danse de départ, n’avait au fil de son essor cessé d’annexer d’autres domaines artistiques, mais aussi pour saisir la rigueur de sa démarche et en comprendre la spécificité autant que la complexité.
La diversité de ses contributions artistiques – danse, mais aussi photographie, poésie sonore, musique, théâtre, cinéma et art plastique -, la richesse des matériaux disponibles pour retracer sa trajectoire – en particulier une collection de vidéogrammes, captations de ses créations antérieures, – et la promesse exprimée par plusieurs de ses anciens partenaires de participer à la résidence invitaient à multiplier les interventions de l’artiste et les rendez-vous avec le public pour en rendre compte.
Pascal Delhay, de plus, manifestait une grande disponibilité. Mais l’on pouvait préférer sélectionner dans cette profusion un axe, un projet précis pour éviter la dispersion. Mais ce ne fut pas l’option choisie.
La trajectoire artistique de Pascal Delhay ne se prêtait pas à cette économie et la durée de la résidence méritait que l’on déployât tout au long de l’année les différentes facettes de son travail pour en venir à comprendre qu’elles servaient chacune la voie singulière qu’il traçait depuis toujours.
Il en résulta un programme protéiforme qui, chemin faisant, laissa place à l’adaptation, à la sortie de route, à l’irruption sans prévenir d’une intervention artistique au beau milieu de l’agitation habituelle du campus, à l’incorporation aussi d’actions supplémentaires sans augmentation du coût de l’opération. La résidence avait trouvé sa dynamique. Elle se nourrissait de ce que son déroulement lui inspirait, comme la présente brochure dont l’utilité s’affirma en cours de route.

Sa colonne vertébrale était constituée d’un cycle de 8 créations : Je suis un autre. Les Mémoires de Bacon qui associaient au travail réalisé différents artistes ayant collaboré avec Pascal Delhay tout au long de son parcours artistique. Et le bord de scène qui suivait toujours la représentation était souvent enrichi par la projection de spectacles anciens du chorégraphe qui avaient alors été vidéographiés et permettaient de mesurer l’évolution de sa démarche. Intime combat II, une autre création pour la scène, indépendante du cycle, s’ajouta à celui-ci, comme Rouscaillou et Rouscailla, un spectacle qui s’adressait au jeune public. Pascal Delhay s’investit aussi dans une série d’interventions artistiques hors les murs, les Impromptus, qui entendaient aller au-devant des étudiants dans les différents lieux du campus qu’ils fréquentaient entre les cours, justement vers ces étudiants qui ne répondaient guère aux propositions artistiques auxquelles nous les convions. Cette implication des étudiants dans le processus de la résidence se joua également dans un atelier de création qui leur était dédié. La résidence rendit compte encore de l’orientation filmique prise par le travail du chorégraphe avec le réalisateur Yann Grill en soustrayant à la scène son personnage de Rouscaillou pour l’adapter à l’écran et au récit. Enfin, l’année offrit encore l’opportunité de découvrir sa production plastique grâce à une exposition de photographies expressionnistes réalisées en collaboration avec le photographe Bruno Aptel.
Tout au long de la résidence, à la continuité bousculée par le mouvement social du printemps 2018, une chaîne de rendez-vous, d’opportunités de rencontres avec l’artiste en action et d’apprentissages s’organisa pour donner au public la possibilité d’appréhender la singularité de son parcours autant que l’essence de son travail.
Michel Chandelier
Directeur du CIAM
Témoignages d’étudiantes ayant suivi l’atelier de la résidence de Pascal Delhay au CIAM :
Propos recueillis par Mr Michel Chandelier
Andrea Vibert qui est étudiante à l’université Jean Jaurès et danseuse amateur. Elle a suivi l’atelier de création, prolongement du projet « Je Suis Un Autre ».
« S’il y a une chose que j’ai ressentie dans cette résidence c’est bien cette intime relation qui existe entre ta pensée et ton art. Partager ton regard sur le monde est donc nécessaire pour transmettre ta danse sans en altérer l’essence. Les chemins de ton mouvement font souvent écho au cheminement de ta pensée, sans jugement, tout en prenant en compte ce qui nous entoure, ce dans quoi on s’inscrit.
L’extérieur alimente l’intérieur, l’intérieur alimente aussi l’extérieur et la danse permet aux deux de communiquer. “

Chen Ke & Andrea Vibert, étudiantes au CIAM, Atelier de Création « JE SUIS UN AUTRE » 2018. Photo Pascal Delhay
Témoignage de Ke Chen après le stage et les ateliers suivi avec Pascal Delhay :
« Je remercie Pascal pour tout ce qu’il nous a fait découvrir. Il est particulièrement à notre écoute. Je me sens à l’aise en sa présence. Il nous observe de près lors du travail pour nous encourager et nous corriger, il nous donne également beaucoup de conseils, en nous montrant si nécessaire ; mais aussi il nous laisse un certain degré de liberté et n’impose pas d’objectifs. Il sait ajuster le contenu et la méthode d’enseignement en fonction de notre capacité de compréhension. Il partage beaucoup de choses avec nous concernant son parcours, ses opinions, ses expériences. Sans nul doute cela me servira dans ma conception de mon projet professionnel. A ce stade de mes études je suis très reconnaissante (et chanceuse) de cette proposition d’atelier du CIAM. Pour nous étudiants, l’intervention d’artistes professionnels comme Pascal nous apporte beaucoup d’avantages constructifs. »
Pascal Delhay a réalisé une Ex-position « Je Suis un Autre » en 2018 à la Mairie de Castanet, autour de ses Tableaux Photographiques basés sur cette notion de l’autoportrait, mais des autoportraits qui transcendent sa seule personne pour le plonger dans des uni-vers, où l’organisme devient l’environnement et vice-versa. On est alors bien loin d’un narcissisme autocentré, car il s’agit plutôt à travers ces « réflections » de se découvrir et non de se mirer à l’image d’une culture mondaine et élitiste. Car c’est de nature qu’il s’agit là !
« La danse est dans le mouvement lent des nuages, dans le vol des oiseaux, dans l’immobilité qui n’est pas de l’immobilisme.
Elle est au point repos du monde, là où tout est danse.
Elle surgit du néant et y retourne.
Les formes qu’elle prend et que lui donnent les hommes, ne sont que des aspects de sa diversité. »
« Danse n’est qu’un mot parmi d’autres, et ce mot ne danse pas, il n’est qu’un symbole, une idée pour définir une multitude de sensations qui n’appartiennent qu’aux corps et âmes qui les éprouvent ou les vivent en tant que témoins assistant l’action, car mille états traversent l’être en Danse, et chaque Danse est unique. »
Textes extraits de « Arbres et Nuages Dansants dans le Vent, Pratique et Poétique de la Danse Primale », Livre 1, Pensées Mouvantes (à paraitre.)
contact : delhaypascal@gmail.com
