LE PARCOURS D’UN CRÉATEUR
- Les Premiers Pas
- Les Débuts Professionnels
- 1986 Naissance de la compagnie KLASSMVTE
- Des collaborations Artistiques Fécondes
- Une Quête de Liberté en danse à plusieurs visages
- La Danse Cinétique : une voie de recherche
- Résidence rétrospective au CIAM
- Recherches autour de l’AUTO – PORTRAIT
- Pascal Delhay, un Formateur Pédagogue
- Pascal Delhay, un créateur Multi-fonctions
Ce site retrace le parcours et l’œuvre de Pascal Delhay, danseur, performer, fondateur & chorégraphe de la Cie KLASSMVTE, mais aussi sculpteur, poète et paysagiste sonore et pictural. Un autodidacte au parcours atypique et singulier…
Textes et entretiens coordonnés par Cathy Riou Piquet, Ancienne responsable de l’Atelier danse St Cyprien de Toulouse, danseuse et pédagogue.

Photo de Bruno Aptel
« Un homme est comme une rivière,
il doit aller là où la nature le mène. »
Augustus Mc Crae
Les Premiers Pas
A la rencontre de Pascal Delhay
Par Cathy Riou Piquet :
Quand on rencontre Pascal Delhay, on est d’abord interrogé par une présence à la fois aigüe, massive, vivace mais aussi recueillie, en veille, comme couvant une révolte sourde et grondante.
Et puis au fil de l’ébauche, il devient évident que cet être habité par une nécessité intérieure intense et permanente est né deux fois. Une 1ère fois le 3 janvier 1962 et ensuite à 17 ans lorsque sa rencontre avec Arlette Gilles et sa chorégraphie « Ballet rouge » lui ont ouvert le monde du spectacle et de la danse.
Premier contact avec la danse
Avant d’entrer dans la Danse, deux évènements marquants ont scellé le destin de Pascal Delhay.
Lorsqu’il était adolescent, sa mère l’invita à assister à un concert du Golden Gate Quartet à St Lô. Durant ce récital il fut pris d’une soudaine envie de bouger, ce qu’il n’avait jamais ressenti auparavant. Sans écouter les reproches de sa mère inquiète et gênée qui le sommait de rester assis, il s’est spontanément levé dans l’allée et s’est mis à danser librement sur le rythme. Le virus l’avait saisi avant même qu’il ne puisse comprendre ce qui lui était arrivé. La Danse était entrée dans sa vie, le swing en était la cause !
La seconde rencontre avec la scène et le spectacle eut lieu pour lui à l’occasion d’une sortie scolaire, au théâtre de Coutances. Dominique Paturel, ce grand monsieur, seul en scène, interprétait tous les rôles d’une cour d’assise. Il fut ébloui par sa performance d’acteur, ce qui l’a durablement marqué.
La Danse et le théâtre avaient ravi son cœur d’enfant, mais il ne le savait pas encore.

Pascal ( à gauche) et son frère dans les années 60. Photo Gérard Delhay
« La Danse avant de se manifester à moi, a pris de nombreuses formes et quelques détours ! Avant toutes choses, elle est née ou plutôt mon idée de la Danse a été forgée par la découverte du cinéma dans mon enfance, en voyant sur grand écran interposés les mouvements éthyliques de Gérard Philippe dans « Les Orgueilleux », la danse d’Anthony Quinn dans « Zorba le Grec », chaque mouvement de Bruce Lee, les sauts de Gene Kelly dans « Les 3 mousquetaires », les valses envoûtantes de Fred Astaire et Ginger Rogers, ou la danse guerrière des africains dans « Les mines du roi Salomon » …
Cette liste n’est pas exhaustive mais montre que la vue du mouvement donne du bonheur et mène à nous mouvoir à notre tour, mais qu’elle peut également prendre de nombreuses formes et masques.
« Le cinéma a grand ouvert la porte de mon imaginaire, je lui suis toujours resté fidèle, tant il a modelé ma façon d’envisager ma vie. «
Début de carrière au Music Hall
Le « déclic » vient à 17 ans, lorsqu’il voit pour la première fois un spectacle de Music-hall au club Méditerranée de Vittel « Ballet rouge » de Arlette Gilles. Il est ébloui et se sent irrémédiablement appelé vers ce monde. Il se fait engager de suite comme machiniste et régisseur plateau. Mais cela ne lui suffit pas. Il avait besoin de franchir le pas et de s’élancer sur scène pour danser à son tour. Ça lui « était tombé dessus et ça venait de nulle part ». C’était imprévisible. Il avait « rencontré une étoile qu’il lui suffisait de suivre ».
Arlette Gilles le prend alors dans sa troupe et va le guider dans l’apprentissage de cet art qu’il va très vite intégrer. Cette chorégraphe talentueuse, savait diriger les amateurs comme elle l’aurait fait avec des professionnels.


Arlette Gilles (à gauche ) & avec Michel Barthome (à droite ), Club Méditerranée, Vittel, 1979.
Aux côtés d’Arlette Gilles, c’est Michel Barthome, professeur fondateur dans son parcours, qui lui donne ses premiers – et seuls- cours de danse de sa vie. Il lui transmet les chorégraphies du spectacle. Pascal Delhay intègre ainsi la petite troupe. Répétant assidûment les différents ballets pendant des journées entières. Il devient le premier danseur de la compagnie. En fin de saison, le « chef de village » Gilbert Héron et Arlette Gilles lui rendirent publiquement hommage pour tout le travail réalisé ! Sa destinée était en route !

Chorégraphies Arlette Gilles : » Rétro Folies », « Les 4 Saisons »
» Music », Vittel, Marbella 1979 – 1981.
En deux mois et demi il avait fait le grand écart (au sens propre comme au sens figuré) entre deux mondes. La renaissance était en gestation. La danse plus qu’un événement dans sa vie était un véritable avènement pour lui. Dès lors, il allait se laisser transformer et advenir à sa véritable nature dans un parcours essentiellement autodidacte.
Lorsque Pascal Delhay découvrit enfin la danse « pour de vrai », son sentiment d’urgence fut immédiat. Ne plus perdre de temps, s’engouffrer dans la brèche que cette évidence avait ouverte en lui.
Sous les yeux d’Arlette Gilles, à l’âge de 17 ans, Pascal Delhay crée sa première chorégraphie à partir des mouvements du milieu sportif qui lui sont familiers. Il s’en inspire et compose « Le Ballet Sport » sur une musique de Weather Report, « Mister Gone », le bien nommé. Dès le commencement il affirme son goût pour les musiques originales « hors normes » et il en cherchera toujours plus en correspondance avec son ressenti, dans une quête incessante et fébrile en vue de nouvelles « trouvailles ». Sa passion lui fait « dénicher » constamment des « perles rares ». Sa soif musicale est sans limitation de genre ou de styles. Il sait et affirme qu’il est devenu danseur par amour de la musique. Il reconnaît sa dette envers tous ces compositeurs et interprètes qui lui ont révélé les secrets du rythme tout en lui suggérant les émotions et les sentiments qu’ils exprimaient par leurs compositions.

Le Ballet Sport, Pascal Delhay,
Marbella 1979
Pascal Delhay : « J’ai découvert la Danse au music-hall, parce qu’elle s’est présentée à moi et m’a ouvert un horizon infini, ce fut une flèche lancée en mon cœur d’adolescent, disons que je me suis senti appelé, c’est ce qu’on doit nommer une vocation précoce, j’avais alors 17 ans ! J’avais le choix entre faire du théâtre ou de la Danse, vu que j’étais sportif et que parler sur scène m’intimidait, j’ai choisi de danser ! Bien m’en a pris, car j’étais fait pour ça ! Depuis le théâtre m’a rattrapé, mon travail est à cheval entre ces deux arts, l’un ne s’envisage pas sans l’autre. Depuis cette illumination je n’ai jamais cessé de danser et de monter des spectacles, en solo, duo ou en compagnie. »
« C’est toute ma vie la Danse ! Sans elle je ne serais plus de ce monde, car ce monde ne me disait rien qui vaille. La Danse m’a sauvé ! Elle m’a ouvert au monde ! »
Pascal Delhay
Pour en arriver là, le chemin fut long et initiatique.

Pascal Delhay (à droite), championnat de la Manche de Cross Country 1976
( la course en tête !)
Le sport, le music-hall, le modern’jazz l’ont amené à la danse contemporaine pour et à travers laquelle il cherche sans relâche à se rapprocher de plus en plus d’une présence, d’une énergie ou d’un état de grâce qui le traverse.
Découverte déterminante d’Elinor Ambash
Le premier spectacle de danse contemporaine qu’il voit est celui d’Elinor Ambash. Il fut déterminant. Il ne pouvait plus revenir en arrière. Sa trajectoire était lancée.


Elinor Ambash
« C’est avec elle que j’ai senti la dimension spirituelle que pouvait atteindre et toucher cette nouvelle danse, tout autant archaïque que moderne. De là je n’ai cessé d’approfondir cette dimension d’être en danse, d’abord par ma rencontre avec Carolyn Carlson, qui a su déceler en moi le germe d’une personnalité en jachère. » Pascal Delhay
Rencontre déterminante avec Carolyn Carlson
C’est sa rencontre avec CAROLYN CARLSON en 1985 qui détermine son parcours comme chorégraphe en danse contemporaine.
Pascal Delhay va passer brillamment une audition donnée par Carolyn Carlson à la ménagerie de verre, ce qui lui donne accès au stage qui suit au théâtre de la Ville.
« Carolyn avait demandé que nous travaillions sur la notion de rebonds, j’avais profité de la pause pour m’y consacrer, c’est à Larry Leong, alors danseur et partenaire de Carolyn dans sa compagnie, que j’avais montré le résultat de mes recherches. C’est avec ce regard complice que sont nés les premiers gestes de ce qui allait devenir ce premier opus de ma carrière en herbe. Carolyn m’ayant fait des retours élogieux sur ce solo en devenir, c’est comme ça que j’ai pris conscience de mes capacités naissantes, et pu m’engager sur la voie de l’ascèse chorégraphique. Je lui en serai toujours reconnaissant ! J’ai revu, sur sa demande, Carolyn l’année passée, où elle m’a invité avec d’autres danseurs de sa compagnie à travailler sur la préparation de son prochain film, qui se nomme à ce jour « The World is a wildflower / Le monde est une fleur sauvage ». Pascal Delhay
Quelques auditions chez Découflé, Verret et Carolyn Carlson lui ont permis d’être remarqué et sélectionné mais il n’avait pas d’autre ambition que « sa propre danse » et ne saisit pas les opportunités qui se présentaient à lui à la suite de ces essais. Il avait juste besoin de se situer par rapport à cette danse contemporaine, vérifier qu’il était bien de ce milieu et à la hauteur.
Les Débuts Professionnels
Isabelle Lefèvre : l’ouverture au milieu professionnel
Isabelle Lefèvre est danseuse, chorégraphe et Fondatrice de l’Entité Danse de l’Espace St Cyprien créé en1982-1983 à Toulouse.
Pascal Delhay rencontre Isabelle Lefèvre en participant au mois de la Danse à Toulouse au tout début des années 80. Voyant de suite l’énergie de présence de Pascal Delhay, ce qu’elle nomme la « nécessité intérieure impérieuse« , elle lui ouvre aussitôt les portes et lui permet de débuter sa carrière professionnelle. Pascal va pouvoir se réaliser en réalisant sa vocation !
Cet espace socio-culturel de l’Entité danse St Cyprien représenta un lieu ressource majeur, où de nombreuses compagnies pouvaient travailler, échanger, se rencontrer. Il favorisa l’émergence et le suivi de nombreux chorégraphes.
C’est donc tout naturellement dans les couloirs de l’Entité Danse St-Cyprien que Pascal Delhay, tout fraichement sortie de sa rencontre avec Carolyn Carlson en 85, rencontre sa première partenaire de Duo : Pascale Péré. Ils vont former un Duo Exceptionnel .
Premier duo avec Pascale Péré
Pascale Péré a été une interprète hors pair. Elle était en osmose complète avec la recherche gestuelle de Pascal Delhay. Son potentiel énergétique lui donnait un registre très large dans la découverte de mouvements à la fois nuancés et audacieux. Elle est décrite dans la revue Flash comme le double et l’alter ego au féminin de Pascal Delhay. Par sa complicité et sa complémentarité, cette partenaire idéale donnait à leur duo une originalité et une créativité sans cesse renouvelées. Pascal & Pascale étaient comme les deux faces d’une même pièce. Ils étaient faits chorégraphiquement l’un pour l’autre.
Pascal a d’ailleurs toujours regretté la décision de sa complice de mettre fin à sa carrière débordante à la fin des années 80 tant leur potentiel commun était fécond.
1986 un départ en flèche : Concours et Prix
Isabelle propose de suite à Pascal Delhay d’intégrer l’équipe de ses deux complices danseuses : Pascale Péré et Véronique Falanga pour monter un trio.
De son côté, Pascal en duo exceptionnel avec Pascale Péré va commencer à monter ses premiers véritables spectacles en tant que professionnel avec:
- « Alchimie d’états d’âme », duo Pascal Delhay & Pascale Péré, 1986, suite à l’étude faite durant le stage avec Carolyn Carlson autours d’un travail sur la notion de rebonds.
- « La Nef des Fous », duo Pascale Péré & Pascal Delhay, 1986.

Pascale Péré, « Alchimie d’états d’âme », duo avec Pascal Delhay,1986.
Ils partiront tous ensemble avec Isabelle Lefèvre au Concours International de Nyon en Suisse en 1986. Toulouse fut magnifiquement représenté car ils remporteront 3 Prix au total :
- 3 ème prix des Compagnies pour » Lucy in the Sky « le trio d’Isabelle Lefèvre avec Pascal Delhay & Pascale Péré & Véronique Falanga, 1986.
- le 1er prix du Concours international de Nyon en Suisse de 1986 avec: « Bonnie & Clyde« , duo de Pascal Delhay & Pascale Péré »
- et le prix de la presse toutes catégories confondues en 1986 pour ce même duo .

Bonnie & Clyde, Pascale Péré & Pascal Delhay;
Entité Danse St Cyprien , Toulouse 1986.
Photo Jean Gros-Abadie
Témoignage de Pascale Péré sur cette intense période
« Avec « Alchimie d’états d’âme », ma première expérience en duo avec Pascal, je découvre une gestuelle nouvelle pour moi qui me plaît et me colle à la peau. Comme d’habitude j’interprète et je vis ce que je danse, et ce que Pascal me propose me parle. On enchaîne logiquement avec « La nef des fous » dans une période où je me démultiplie jusqu’à l’épuisement.(…) «Bonnie and Clyde» apporte une respiration, c’est un bonbon acidulé plus léger et qui semble ouvrir d’autres portes. En fait c’est le début de la fin de notre voyage. En 87-88 dans «Mémoire d’amnésique», je passe du statut de muse à celui de simple interprète et c’est plus reposant.
Suite à ce prix de Nyon en Suisse, Pascal Delhay répond alors à une commande du CH Tanz Theater de Zurich avec la création « Vox Populi » pour 7 danseuses. Dans la foulée il sera finaliste au concours chorégraphique de Paris avec ses deux solos « 2×4 Womb » et « 1013 millibars » sur des musiques originales de Marc Khanne.
1986 Naissance de la compagnie KLASSMVTE

Ces succès amènent Pascal Delhay à fonder la COMPAGNIE KLASSMVTE dés 1986. Il a construit d’abord son écriture de « geste à geste » en apprenant aux danseurs à bouger à sa façon. Il travaille alors avec Muriel Barra, Nathalie Carrié et le comédien Amalio Rodriguez. Une « véritable famille » grâce à laquelle il précise et approfondit son approche du mouvement et de la théâtralité.
Les premières créations de la Compagnie
Dans le monde alors fleurissant de la danse contemporaine à Toulouse, Pascal Delhay et ses partenaires de la Compagnie Klassmvte, occupent alors une place privilégiée à la créativité explosive.
Les créations de la Compagnie Klassmvte se succèdent

« Alchimie d’états d’âme » (86), « Réminiscence » (87), « De Mémoire d’Amnésique » (88), « Le Fief des Moribonds » (94), « Le Monologue du Chien » (94). Photos Jean Gros-Abadie.
- « De Mémoire d’Amnésique« , quintet 1988.
- « Matinée d’ivresse », septuor 1989 : création représentant Toulouse à la Biennale des jeunes créateurs d’Europe et de Méditerranée à Marseille.
- « Les Chercheuses de Poux », quatuor 1991, Théâtre Garonne, Toulouse.
- « Bannières de Mai », Théâtre Garonne, 1992.
- « Le Fief des Moribonds », quatuor 1993 représenté en 94 à la Biennale Nationale de danse du Val de Marne où se donnera également le trio « Champs d’errance ».
- « L’os sur la nappe » autour de l’œuvre d’Henri Michaux, Duo construit avec le metteur en scène Michel Mathieu en 1994.
A la suite de son solo « Le monologue du chien » proposé à la Biennale du Val de Marne en 1994, Pascal Delhay va assouplir sa construction spatiale et jouer beaucoup plus librement avec ses découvertes musicales.

« Les Chercheuses de Poux » 1991, « Bannières de Mai » 1992 A. Rodriguez, N. Carrié. P. Delhay, Compagnie Klassmvte.
Ce montage vidéo présente la rétrospective des créations de la compagnie KLASSMVTE de 1986 à 2009
Témoignages des Interprètes

« Bannières de Mai », Amalio Rodriguez, Nathalie Carrié, 1992, Toulouse.
Photo Bruno Wagner.
Des soutiens culturels moteurs
Le soutien spontané de Jacky Ohayon, Directeur et Co-Fondateur du Théâtre Garonne à Toulouse.
Lorsque Jacky Ohayon vit Pascal Delhay en 1990 dans une improvisation nommée « Les Fantômes Affamés » avec Michel Doneda et Michel Mathieu au théâtre Garonne, il le programma instantanément dans son théâtre la saison suivante. Cela représenta pour lui qui avait 29 ans, une rare opportunité de montrer son travail dans les meilleures conditions professionnelles.
Sa façon de porter l’écriture scénique et le corps, ainsi que ses projets ont permis à Jacky Ohayon d’entrevoir vraiment la naissance et le dessein d’un vrai parcours artistique ou d’un vrai parcours porté par un artiste.
« Quand on ressent une préoccupation forte, intime dans le travail, quand on reçoit l’écriture d’un artiste comme le jaillissement d’un langage singulier, quand on se demande d’où ça vient (et non où ça peut aller… question que déjà plusieurs se posent de manière différente) on a envie de fouiller et d’aider à approfondir une démarche et une voie personnelle.
Il est de notre responsabilité dans notre maison (le théâtre Garonne) de faire partager la perception qu’on peut avoir d’un parcours et la vision produite par un geste artistique. »
Jacky Ohayon.
Il lui proposa alors trois rendez-vous dans une même saison pour confronter trois étapes de travail. Ce que Pascal, dans sa grande prolixité prit pour une commande de trois créations ! Et ce qu’il fit !

Programmation de la compagnie Klassmvte au Théâtre Garonne 1991-1992.
Cette commande était d’importance pour ce chorégraphe qui avait remporté en 1986 le concours international de Nyon, en Suisse, dès sa première pièce. Il avait créé 13 Spectacles entre 1986 et 1991 qui avaient été remarqués dans cette région Midi-Pyrénées.
Cette proposition représentait aussi pour le théâtre Garonne une interrogation essentielle, Jacky Ohayon poursuit :
« Qu’avons-nous à faire avec un danseur, un chorégraphe, un interprète qui puisse apporter un élément supplémentaire au parcours que nous pressentions et qui se dessinait alors devant lui ? »
« Dans les années 90 les conditions de diffusion, les missions de développement du travail des jeunes créateurs et l’organisation du monde de la danse et de la chorégraphie étaient très différents. »Jacky Ohayon.
Cette trilogie permit par la suite à la compagnie Klassmvte d’honorer plusieurs rendez-vous avec le public du théâtre Garonne entre 91 et 99. Son travail évolua ainsi que les conditions de diffusion et de partenariat sur la ville. Pourtant « les enjeux, la reconnaissance des équipes indépendantes, les évaluations du travail ne permettaient pas vraiment l’essor possible d’un artiste. Le développement d’une compagnie tel qu’on l’entend aujourd’hui nécessitait de trouver des moyens à l’extérieur dans d’autres villes ou d’autres pays sur le territoire européen ».
« Il était difficile à cette époque d’être reconnu et soutenu par des pairs et de développer son travail à certains moments de son parcours tout en le médiatisant pour un plus large public.
Il y a actuellement un peu plus de théâtres des organisations autour de la danse qui canalisent les équipes de demain. Les moyens aujourd’hui ne sont pas extraordinaires au niveau des compagnies indépendantes mais la reconnaissance des spectacles dans les réseaux est un meilleur outil pour trouver des dates et de nouveaux publics. La multiplication des relations et l’implantation du CDC depuis, ont changé le contexte de la « sphère artistico-culturelle ».
Les Soutiens de La DRAC et de la Région Occitanie
La DRAC a sélectionné au début des années 90 quatre chorégraphes : Nathalie Desmarest, Heddy Maalem, Alain Abadie et Pascal Delhay. La présence de la compagnie Klassmvte au théâtre Garonne sur la saison 91/92 a permis à Jérôme Lecardeur (inspecteur de la danse pour le ministère de la culture) de repérer instantanément le talent brut de ce « jeune » chorégraphe.
Pascal est donc très naturellement reconnaissant envers Jacky Ohayon d’avoir à cette époque mis « la focale » sur son travail au sein de la compagnie Klassmvte, ce qui lui permit d’avoir une visibilité accrue dans la région et au-delà, à un moment où la danse contemporaine prenait son essor.
En plus de ses nombreux déplacements à l’étranger, Colombie, Turquie, Espagne, Belgique, Etats-Unis, Tadjikistan, la Compagnie Klassmvte a toujours été majoritairement implantée sur la Région Occitanie. La compagnie a développé dans les années 2000 des relations pérennes avec des partenaires régionaux comme par exemple l’Athanor d’Albi et le théâtre de Montauban, où elle se produisait régulièrement. La Région Midi-Pyrénées, la Mairie de Toulouse et le Conseil Général ne s’y sont pas trompés : ils ont toujours soutenu ce créateur fécond et iconoclaste à ses heures.
Pour Jacky Ohayon il faut « regarder le parcours de Pascal Delhay comme celui d’un artiste plutôt que celui d’une compagnie. C’est sa personnalité, sa vision et son ressenti qui prennent le dessus ».
En effet, des rencontres marquantes sont alors les étincelles à de nombreuses créations…
Des collaborations Artistiques Fécondes
Avec le danseur Chorésophe Michel Raji : Un duo exceptionnel

Les Noces du Capricorne, Michel Raji & Pascal Delhay « Les Noces du Capricorne », Les Entrepôts, Théâtre 2 l’Acte, Toulouse, 1996. Photo Bruno Wagner.
Depuis 1979 se tisse un parcours fraternel et « intemporain » exceptionnel avec le danseur chorésophe MICHEL RAJI qui donnera naissance à des créations majeures : « Les Noces du Capricorne » 1996 au théâtre Garonne et au Festival d’Avignon; « Les noces du LION » en 2008 et « Un Arc en Ciel pour l’occident Chrétien » en 2009 sur un recueil de poèmes de René Depestre ; « INTIME COMBAT » en 2018 à l’Université Jean Jaurès, Toulouse.



Duo P. Delhay & M. Raji, »Intime Combat » 2018, Un Arc-en-Ciel pour l’Occident Chrétien », 2008. Toulouse. Ph. François Rigal.
Danses à la croisée de rencontres plurielles
Jusqu’en 95, la recherche de Pascal Delhay s’est développée selon deux axes bien précis mais séparés car difficilement compatibles :
– des chorégraphies pour les pièces de sa compagnie Klassmvte, écrites avec une extrême précision.
– l’improvisation à partir de sa rencontre avec Michel Doneda et d’autres musiciens de la scène des musiques dites nouvelles. Ainsi, beaucoup d’interprètes et de créateurs ont croisé et enrichi la route de la compagnie et ce dans tous les milieux du spectacle vivant.
Rencontre avec les Musiciens de la Scène improvisée Michel doneda et Lê Quan Ninh
Pascal Delhay, « un des rares danseurs qui est musicien et qui ne se sert pas de la musique comme support mais comme alter ego »(Christine Wodraska), va collaborer avec de grands musiciens de la scène improvisée
Michel Doneda saxophoniste soprano de la scène improvisée rencontré en 1990, création de « les Fantômes Affamés », Théâtre Garonne, 1990.

« Les Fantômes Affamés », Duo Michel Doneda saxophone & Pascal Delhay danse. théâtre Garonne, 1990. Photo David Trives.
Lê Quan Ninh percussionniste improvisateur compositeur. Cette rencontre déterminante sera à l’origine de la création du duo : « Rush, les mains droites » donné à New York, Boston et Baltimore en 2003.

« Rusch les Mains Droites », Duo Lê Quan Ninh percussions & Pascal Delhay Danse, 1995.
Par ces rencontres, la danse de Pascal Delhay évolue. Il découvre une forme hybride en introduisant des moments d’improvisations à l’intérieur même de séquences de danse très « écrite » ou bien en incorporant un moment d’écriture chorégraphique au milieu d’une improvisation. Son travail s’assouplit au point de pouvoir mêler ces deux sources d’inspiration en intensifiant son attention et sa présence. A partir de la musique et de la pensée de John Cage il prend conscience du vide qui devient de plus en plus important entre les gestes puis entre les points qu’il définit dans l’espace. Ces derniers délimitent des distances, créent des ouvertures, des aérations qui s’ouvrent sur une autre temporalité.
Évolution avec « Transhumance »
En 1997 le Solo performance « Transhumance » joué à Bruxelles puis à Barcelone fût déterminant : Ce Solo marque une évolution dans son approche de l’instant dansé. Pascal Delhay pose alors les bases de sa démarche, de ce qui allait désormais définir les jalons de sa recherche. Il se libère alors de la problématique d’une construction préétablie, d’une « structure à prévoir », pour vivre le mystère de la danse. Le temps n’est plus anticipé. Il est. Il y a juste une attention, une vigilance totale garante d’une précision de tous les instants tout son travail consistant à faire une place de plus en plus grande en lui à la disponibilité nécessaire pour que la danse advienne.
En 1997, pendant cette année déterminante pour son évolution, une commande de L’ADDA du Tarn à Montauban lui permet de créer 5 solos autour des Voyelles de « l’Alchimie du Verbe » d’Arthur Rimbaud :
« J’inventais la couleur des voyelles. A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. Je réglais la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattais d’inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l’autre, à tous les sens (…). Ce fut d’abord une étude. J’écrivais des silences, des nuits, je notais l’inexprimable. Je fixais des vertiges. »
Arthur Rimbaud
Extrait :
Les correspondances entre la poésie de Rimbaud et la danse de Pascal, pour ceux qui le connaissent, sont évidentes. Rimbaud « ce frère, ce phare qui a tracé la voie », « L’homme aux semelles de vent (Michel Lebris, Petite Bibliothèque Payot) » qui introduisit le vers libre en France, celui qui « en 42 mois épuisa tous les possibles de la poésie » en constatant qu’il faut toujours chercher plus loin, ailleurs, ne pouvait qu’inspirer, interpeller et nourrir la danse de Pascal Delhay. Son écriture joue sans cesse entre et avec les sens et les sons. « Sa parole allègre et rapide qui procède par fulgurances, courts circuits… dépense sans compter des énergies fabuleuses » (J-M Malpoix, La poésie malgré tout, Mercure de France, 1996).
Sa recherche le mène sans cesse ailleurs. L’écriture poétique d’Arthur Rimbaud et la recherche cinétique de Pascal Delhay se font écho jusque dans les voyages qui les poussent à explorer toujours plus loin les possibles des rencontres.
En 1999 et en 2000 : Pascal part à Izmit en Turquie dans des campements pour réfugiés, juste après les terribles tremblements de terre qu’a subi ce pays. Il y donne « Variations sur A noir » autour de l’œuvre d’Antonin Artaud.

Rencontre avec les habitants d’Izmit en Turquie après de terribles tremblements de Terre , en 1999. P. Delhay et Kamel (écrivant sur la photo). Photo Kristof Guez.
Duo avec le jongleur Lionel About : « Chambre Froide » en 2000

Affiche de Chambre Froide, duo Lionel About jonglage & Pascal Delhay danse.
Théâtre de la Digue, Toulouse, 2000. Photo Muriel Valmont.
Lionel About est un jongleur-danseur de tout premier plan, issu du Lido, l’école de cirque de Toulouse, connu pour avoir fondé le trio « Les Triplex » puis le duo « Vis-à-vis », leurs spectacles ayant tourné dans le monde entier. Pascal a d’ailleurs mis en scène au Théâtre Garonne en 1998 le spectacle de fin d’année du Lido, Lionel en faisait partie.
En 2000, Pascal Delhay crée le spectacle « Chambre froide » au Théâtre de La Digue de Toulouse. Il sera également joué au festival de Châlons-en-Champagne.
2005 : Solo autours de textes de Ghérasim Luca et A. Rimbaud
En 2005 : Pascal Delhay créé ensuite « Mémoires d’un Amnésique » sur des musiques d’Erik Satie et des poèmes de Ghérasim Luca. Puis : « Les Mémoires d’une Saison en enfer », sur le texte d’Arthur Rimbaud.
Ces solos seront l’occasion de développer cette faculté de vivre le moment présent soutenue par une structuration au préalable de l’espace physique et de la temporalité.
En 2006 : Duo avec l’actrice et danseuse Monica Ortega Daniel.
La rencontre avec l’actrice et danseuse Colombienne Monica Ortega Daniel en 2005 le mènera à une collaboration riche et féconde . Pascal Delhay compose :
- « Baile de la Conquista », duo Monica Ortega Daniel & Pascal Delhay, Théâtre de Montauban et Festival Ibero-Americano de Bogota en 2006.
- « Una temporada en el infierno, Le livre de la folie », collaboration avec le Teatro Varasanta de Bogota, joué au Théâtre National de Toulouse en 2007 puis au Festival Ibero Americano de Bogota en 2008.

« Baile de la Conquista », P. Delhay & Monica Ortega Daniel, Théâtre de Montauban, 2006.
Nathalie Desmaret (danseuse Chorégraphe) à propos du spectacle « Baile de la Conquista » duo avec Monica Ortega Daniel, 2006 :
« Pascal,
Ton spectacle était comme un moment à la frontière de la vie et de l’éternité, de la poésie vivante avec le corps et l’espace ombre-lumière qu’il ne m’arrive pas si souvent de voir, j’allais dire respirer, car pour moi, c’est comme de l’oxygène !
Juste quelques mots qui ne peuvent suffire à rendre compte des émotions que j’ai ressenties :
J’ai pensé à «Don Quichotte et Dulcinea», mais qui auraient quitté les armes et la folie destructrice. Reste l’essentiel d’une quête, d’une conquête de … « l’essence-ciel ».
Elle est petite, enfantine, décidée, porteuse de courage et d’envol, immédiatement elle est dans l’univers et nous enchante par sa présence et son énergie.
Il est grand, porteur d’un savoir qui touche à la traversée des apparences, aguerri, pourtant encore plein d’innocence, la retrouvant pour nous amener avec lui dans son voyage avec elle. Inspiré.
Ils nous offrent leur danse cohérente et multiple, ils nous parlent et leur langage dessine l’espace, leur immobilité parfois le fait vibrer d’échos.
Les images renvoient aux guerriers et aux anges, parfois au lutin et au diable, furtivement, fugitivement. Ils sont tendrement humains aussi, s’adressent à la part de rêve et d’abandon demeurée intacte en nous, à l’espèce de silence et d’ouverture en nous. L’amour est au cœur de leur duo, c’est un amour solidaire d’une grande pureté qui n’exclut pas l’empoignade. Celui où l’on n’a pas peur d’être semblable et pas peur d’être différent, que l’on trouve après un long temps d’apprentissage, où l’on peut vraiment s’effacer pour laisser l’autre exister, prendre l’espace.
La fin est merveilleuse, cette tension vers le ciel.
J’ai aimé le respect dans ce spectacle entre vous, le respect de soi, le respect de ceux qui regardent. Ça me touche, cela m’a parfois transportée.
Nathalie Desmarest
- Ils se retrouveront à nouveau en duo dans le spectacle pour enfant « Rouscaillou & Rouscailla » donné au Chapeau Rouge puis au CIAM en 2016 (voir la page dédiée à Rouscaillou.)
En 2014 : Duo avec la pianiste Christine Wodrascka.
Duo « Ping-Pong ou les Métamorphoses du Chien » avec la grande pianiste de la scène improvisée Christine Wodrascka, créé à l’Espace Roguet de Toulouse en 2014 puis repris sur la Scène Nationale de Vandœuvre-lès-Nancy en 2016. Ce duo fait écho à celui avec Michel Raji, comme une sorte de diptyque autour de la poésie de l’immense poète René Depestre, que Pascal a pu rencontrer chez lui, et c’est avec son autorisation qu’il a pu utiliser ses textes tirés de son recueil « Un Arc-en-ciel pour l’Occident Chrétien ».

« Ping Pong ou les Métamorphoses du Chien », Christine Wodrasck piano improvisé et Pascal Delhay danse, Espace Roguet, Toulouse , 2014. Ph. Patrick Paredes.
Christine Wodraska :
« Pascal est un mélomane, hypersensible à la musique, c’est un des rares danseurs qui est musicien et qui ne se sert pas de la musique comme support mais comme alter ego. Il a une culture musicale énorme, dirigée seulement par sa sensibilité, sans barrière de genre ni de style. Il fouille partout pour trouver des musiques qui le touchent, c’est un passionné de la musique.
Ce qui le capte dans la musique c’est d’abord l’authenticité du discours musical, la force expressive, poétique, dynamique et l’architecture des pièces.
Pascal aime la bonne musique, sans se préoccuper du reste, d’où elle vient, qui la joue, quel genre elle est, a-t-elle du succès, etc…
Bien sûr tout cela se retrouve dans sa danse qui d’abord ne s’enferme pas dans un cadre, tout est permis, au diable les règles et la mode.
Dans ses gestes, on peut retrouver les impulsions du son, son énergie, ses couleurs, sa poésie.
Il prend la musique pour de la danse et la danse pour de la musique ».
Extrait :
« Ces rencontres fortes sont pour Pascal Delhay un stimuli qui le pousse à se dépasser dans un engagement sans concessions, où son partenaire est l’autre versant d’un inconnu qu’il tutoie sur la corde raide d’un échange fusionnel. » Cathy Riou Piquet.
Une Quête de Liberté en danse à plusieurs visages
Pascal Delhay danse dans la Rue
Avec « Un homme dans la ville », à BARCELONE en 2009, apparaissent les prémices d’une expression de rue libre, en pleine présence…
Désormais c’est la spontanéité qui le travaille. Il ne peut que se préparer intérieurement au surgissement de la danse, et pour cela, rester patient et persévérant, travailler chaque jour et faire place à « l’avènement », à l’écoute du personnage incarné à travers la musique et l’énergie qui en découlera.
Deux personnages à la présence gestuelle diamétralement opposée, prennent corps peu à peu : Balthazar ROUSCAILLOU et HANUMAN
Naissance de Balthazar Rouscaillou, Vagabond, Poète dansant
- Le premier personnage s’appelle Balthazar ROUSCAILLOU, un Sans Danse Fixe animé par une cinétique mécanique en déséquilibre constant. C’est un exilé, un vagabond, poète et philosophe, un « Soul ô graphe », la « soulôgraphie » étant pour Pascal l’ivresse de l’âme en mouvement. Il porte en lui « l’humanité en déséquilibre constant ». Sa danse s’inscrit essentiellement dans la dépossession et la spontanéité.
Un Homme qui danse et non un danseur.
Pascal Delhay
Un être de la marge pour ne pas être « du milieu ».
Un Homme debout qui n’oublie pas que l’on est fait de boue.
Un Homme qui ne croit pas en l’Homme mais en l’être qui croît.
Un être fait de chair et de beaucoup d’eau pour étancher une soif
inextinguible d’être libre, tout en sachant que nous ne le sommes
qu’en esprit.
Un clown dansant, un Sans Danse Fixe, un soulôgraphe.
Un pauvre hère qui hante la terre en quête d’un rien d’humanité,
d’un sourire, d’un regard bienveillant, d’un frère en somme.
Enfin un Homme qui n’est pas un loup pour l’Homme mais qui ne
nie pas la part animale qui sommeille en chacun de nous.
Je est Balthazar Rouscaillou



Rouscaillou , Le Ring, Toulouse, 2009. Photo Carole Duffard.
Le personnage de ROUSCAILLOU incarne « La Liberté libre » chère à Pascal Delhay. Il va multiplier ses créations de spectacles en salle et hors les murs en dansant dans des Festivals de Rue et des lieux insolites comme les musées. Hors de France il ira jusqu’au PAMIR de l’Himalaya. La collaboration avec le réalisateur Yan Grill permettra de produire un court métrage primé « Rouscaillou sort de l’ombre » en 2016.

Balthazar Rouscaillou, alias, Pascal Delhay. 2013. Ph Ph. Vincent.
Naissance d’Hanuman, Yùgen, pour une Danse Rituelle dans la Nature
- Le second personnage s’appelle Hanuman (nom donné en hommage au maître de Kathakali, croisé en Inde). Sa présence très ancrée en fait un être tellurique, profondément relié à la nature, guerrier pacifique proche des moines zen. Il incarne la DANSE qualifiée par Pascal de PRIMALE.
Pascal Delhay :
« Hanuman est un être de la terre en osmose avec le souffle du vent, l’attraction des forces souterraines, l’enracinement des arbres comme la légèreté du végétal, la vivacité fulgurante et l’immobilité soudaine des félins comme l’envol des rapaces. Dans une humanité qui lui vient de la nuit des temps il en a la présence archaïque, animale et féminine à la fois dans une reptation recueillie s’ouvrant sur l’infini du ciel, captant par sa danse le bruissement de l’air à travers les branches, les feuillages comme le grondement du silence… corps à la fois massif, ancré et fluide, ouvert aux énergies qui le transforment, l’expulsent de lui-même et l’entraînent dans le foisonnement des éléments. Force et fragilité mêlées, ses mouvements traversent la diversité des matières et la mémoire des âges. »
Cette présence prendra par la suite le nom de Yùgen (prononcez Yùguen)

Danse d’Hanuman, Solo Danse Primale de Pascal Delhay, 2014.
La DANSE PRIMALE de Pascal Delhay porte en elle la puissance du rituel, une danse-offrande aux forces de la Nature qui le traversent, le possèdent et se donnent à voir en partage.
Captation sur le vif de la Danse d’Hanuman. Pascal Delhay.
Ces deux personnages coexistent séparément dès 2011. Pascal peut évoluer de l’un à l’autre, selon les forces, appelées « Primales » auxquelles il est confronté, la musique et le lieu choisis pour la danse.
En 2014 : La Danse d’Hanuman se donnera au Musée Georges Labit de Toulouse.
Quelques repères :
En Novembre 2011 : Pascal Delhay part au TADJIKISTAN, invité par Le Centre Bactria, antenne culturelle de l’Association ACTED. Il monte un spectacle avec les danseurs du Théâtre PADIDA de Douchanbé en seulement 10 jours. A cette occasion, Pascal Delhay donnera également son spectacle « L’iconoclaste Balthazar Rouscaillou »au théâtre Maiakovsky de Douchanbé au TADJIKISTAN.
En 2012 : Suite au succès rencontré lors de la création du spectacle avec la troupe de Padida, l’ambassadeur de France au Tadjikistan et Simon Ravelli, directeur du Centre Culturel BACTRIA, invitent Pascal Delhay une seconde fois à monter une création. Pascal Delhay chorégraphie la création « Le Sacre des Stars Tadjiks » avec les danseurs du Théâtre Padida de Douchanbé au Tadjikistan en Juin 2012. A cette occasion, son ami le réalisateur Yan Grill, vient faire un documentaire sur la création de ce spectacle.

Répétition du « Sacre des Stars Tadjiks », Pascal Delhay Chorégraphe, Yan Gril caméra,
2012, Tadjikistan.
Tournage du court métrage » Rouscaillou sort de l’ombre » , réalisation Yan Grill & Pascal Delhay. Proposé dans une soixantaine de festivals à travers le monde, ce court métrage a remporté deux prix :
- Finaliste au festival du court métrage de Los Angeles
- Prix du Meilleur Film Muet, au Festival Européen de Varsovie.

Cette dimension cinématographique colle bien au personnage de Rouscaillou, qui paraît tout droit sortit de cette période d’avant le parlant. Sans chercher à les imiter il rend hommage à ces rois du muet que sont Chaplin, Keaton ou Harold Lloyd, ses idoles. La gestuelle cinétique et passablement bancale de Rouscaillou est dans la filiation de ces grands précurseurs et inventeurs d’un langage du corps avant la parole. Ce qu’il apporte à l’image, ce sont ses mouvements à la lisière du mime et de cette Danse qui n’était que très rarement représentée dans les burlesques.
Extrait de « Rouscaillou sort de l’Ombre ». Danse Pascal Delhay, Réalisation Yann Grill. 2016
« Il arrive pathétique clochard, ombre épousant le moindre relief, presqu’invisible, comme un déshérité. Puis, sa danse occupe l’espace, hurle, pleure ou rit. Plus tard, bien plus tard, témoins abasourdis, on réalise que sans un mot, un poète est passé. »
Max Capot Journaliste au Festival Les Maynats de Bagnères de Bigorre
La Danse Cinétique : une voie de recherche
La recherche de Pascal Delhay sur la qualité de mouvement est constante.
Pascal Delhay : « De très nombreux soli ont rythmé mon parcours de recherche dans l’expression du mouvement dansé, une recherche prenant de multiples visages nommés…Yùgen, Rouscaillou, Hanuman...Chacun étant une facette de ce même élan de vie qui anime ma danse dans l’urgence d’être et de devenir. »
Cette exploration passe par des phases de DANSE CINÉTIQUE, Pascal Delhay travaillant depuis toujours la cinétique du mouvement.
Les « Private Joke », solo de Danse Cinétique
Ses solos seront l’occasion de développer cette faculté de vivre le moment présent soutenue par une structuration au préalable de l’espace physique et de la temporalité grâce aux musiques choisies.
Entre 2014 et 2018, Pascal Delhay ouvre le champ de sa création à l’image en mouvement.
Par le biais d’un dispositif fait de vitres, la danse est perçue en direct par le danseur lui-même. Il devient par là même le peintre ou le sculpteur du geste qui « découvre devant lui ce qui était caché avant même que la forme ne se révèle à ses yeux ». Il devient témoin de l’émergence d’un mouvement vrai ancré dans sa réalité présente, en l’état de « matière immédiate et vivante », qui laisse place à la vie même.
Sa recherche se décentre encore plus pour laisser libre cours et attention au mouvement « non comme une simple fonction du corps mais comme un développement de la pensée. Sa danse n’est plus seulement organique, mais contenue et trouve une vacance nouvelle, où le temps n’est plus oppressant mais libérateur et jouissif. La danse se distancie du sujet qui devient témoin du geste naissant. Sous ses yeux, une sorte de « private joke » se fait jour, où l’humour affleure à chaque instant.
Étude Cinétique Pascal Delhay 2014. Tous droits réservés.
Étude cinétique Pascal Delhay 2014. Tous droits réservés.
Le sujet ne se regarde pas dans une démarche narcissique, mais se transfigure. Il devient autre dans une énergie vibratoire, révélant les sensations et les forces à l’origine de la pulsion.
« En art, et en peinture comme en musique (et en danse), il ne s’agit pas de reproduire ou d’inventer des formes, mais de capter des forces. C’est même par-là qu’aucun art n’est figuratif ». La célèbre formule de Klee « non pas rendre le visible mais rendre visible » ne signifie pas autre chose. « La tâche de la peinture (de la danse) est définie comme la tentative de rendre visibles des forces qui ne le sont pas » (Gilles Deleuze) et d’atteindre par là un questionnement sur l’identité même du danseur et du spectateur.
Ces Études Cinétiques mènent à la création de « GOLEM » en 2014.
Création de « GOLEM » en 2014.
La Réalisation de « GOLEM ». Une œuvre à part.
De ses recherches cinétiques Pascal Delhay crée « GOLEM I &II» à partir d’anciennes lectures de Gustave Meyrink, une coproduction Klassmute-Théâtre Garonne.
« GOLEM » a été présentée sous deux formes, l’une fixe, l’autre ambulatoire . Cela lui permet d’investir des espaces toujours insolites comme les musées ou tout autre lieu porteur d’une identité forte et singulière. C’est une des caractéristiques de Pascal de toujours créer POUR LES ENDROITS où il se produit. Que ce soit par les lumières ou la scénographie, sa façon « d’investir » un lieu lui est propre. Ce qui fait dire aux personnes connaissant bien ce lieu, qu’ils le re-découvrent tout autrement ! Chaque espace lui pose un nouveau défi qu’il doit relever, et c’est dans cette préparation-projection qu’il trouve son plus grand plaisir. D’où son credo « qu’il faut préparer l’évènement et se préparer ».
Ces deux dimensions sont une des particularités qui rend son travail reconnaissable parmi tant d’autres. Le soin extrême qu’il apporte à la mise en scène pour ses apparitions ou pour celles des autres danseurs ou acteurs qu’il invite témoigne d’une rigueur et d’une écoute sensible à l’ensemble des données spatio-temporelles en jeu et révèle sa vision de ce que doit être véritablement un événement.



Golem II, Théâtre Garonne, 2015. solo Danse Cinétique de Pascal Delhay.
Photo Patrick Paredes.
GOLEM sera joué :
- en 2014 « GOLEM, Études Cinétiques« , création version déambulatoire en duo avec Philippe Dupeyron, acteur, Musée St Raymond, Toulouse. Repris en 2015 à la Cave Poésie, Toulouse.
- en 2015 « GOLEM II »au Théâtre Garonne (coproduction Klassmute Théâtre Garonne, Festival « In Extremis ») et au Centre Culturel Henri Desbals, Toulouse.
EXTRAIT : « GOLEM II », répétition avec séance photo au Théâtre Garonne, 2015.
Cette créature est le catalyseur d’une âme collective ayant accumulé « un entassement constant de pensées immuables » qui pousse dans la réalité le monde de nos rêves. A force de recevoir et d’accumuler la tension des sentiments et des ressentis de tous, des explosions psychiques donnent vie à ce personnage symbole de l’âme humaine. Telle est la Danse de Pascal Delhay.
Par ses recherches cinétiques, il réanime le souvenir de cette étrange créature à laquelle s’ajoute la parole d’un montreur de marionnettes, Zwakh, personnage du roman.

GOLEM II, Théâtre Garonne, Toulouse 2015. Photo P. Paredes
Cette pièce onirique et sombre développe l’exploration approfondie des qualités parfois fluides parfois saccadées d’une recherche sur le mouvement toujours renouvelée.
Collaboration avec l’acteur Philippe Dupeyron
Le Théâtre, n’est jamais très loin.
Dans les années 2014- 2016, la rencontre avec Phillippe Dupeyron, comédien, acteur, conteur donnera lieu à plusieurs créations : Participation dans « Golem , Etudes Cinétiques » au Musée Saint Raymond en 2014, puis « Vie et mort de George Labit » en 2015 au Musée George Labit de Toulouse ; « Les Voleurs d’étincelles » à Clermont Le Fort et « Cobillos, Le Dernier des Volques Tectosages ou le Druide et le Guerrier », Vieille Toulouse, durant le Festival Itin’errances 2016.




Affiches de Pascal Delhay pour ses spectacles avec Philippe Dupeyron, 2016

« Vie et Mort de Georges Labit », Pascal Delhay, Musée G. Labit, 2015.
Photo P. Paredes
Juillet 2014 : « De chair et de Pierre à l’usage du temps »: Création Danse/ Théâtre/ Musiques pour 17 interprètes, organisée par le Conseil Général de Haute Garonne au Château de Laréole (31).



Pascal Delhay dans « De chair et de Pierre à l’usage du temps ». Château de Laréole ( 31) 2014.
2016 : « Vie et Mort d’un Crétois Lépreux », lecture dansée autour du récit de Epimanondas Remoudakis. Pascal Delhay (danse), Philippe Dupeyron (lecture), Nicolas Sarris Chevalier (Bouzouki et chant). Cave Poésie, Toulouse.

Affiche de Pascal Delhay. Cave Poésie, Toulouse, 2016.
Août 2017 : « Songe d’une nuit d’été » : Création pour une dizaine d’intervenants, danseurs, acteurs musiciens. Château de Laréole en collaboration avec l’acteur, metteur en scène , Philippe Dupeyron.
Résidence rétrospective au CIAM
2017-2018 : Résidence « carte blanche » accordée à Pascal Delhay par Michel Chandelier, Directeur du CIAM, à l’occasion des 40 ans du CIAM et des 40 ans de carrière de Pascal Delhay, carrière commencée en danse en 1979.
En 2017, le CIAM (Centre d’Initiatives artistiques de l’Université Toulouse II – Jean Jaurès, Toulouse) dirigé par Monsieur Michel Chandelier choisit de marquer les 40 ans de sa création par un programme spécifique.
Pascal Delhay :
« A la demande de Michel Chandelier, directeur du CIAM, ma compagnie Klassmute sera à la Une de la manifestation consacrée au 40 ans d’existence du CIAM. Se sera l’occasion pour moi de vous présenter quelques très chers compagnons de voyage au long cours, qui, par leur talent, ont éclairé ce parcours de vie en danse -théâtre qui débuta à l’été 1979. Chacun d’un, pour la majorité pionniers de la danse contemporaine sur Toulouse, témoignera en mouvements, par les mots et les images, de ces années passées au service de notre mère La Danse. L’histoire étant constamment réécrite par une actualité amnésique, il est temps de redonner la parole à ceux qui l’ont vécu de l’intérieur, et ont ainsi créé un mouvement qui n’existait pas avant eux. Pour cela , grâce leur soit rendue ! » Pascal Delhay.
« Une résidence d’artiste accordée à Pascal Delhay d’une durée inhabituelle de neuf mois qui entendait retracer une trajectoire artistique originale commencée elle aussi voilà 40 ans ! Ce temps de résidence entendait lui donner les moyens de déployer toute son œuvre, pour permettre au public d’en mesurer la singularité autant que la cohérence. » Michel Chandelier.

Entre 2017 et 2018 , La colonne vertébrale de cette résidence » Carte Blanche », était constituée d’un cycle de Créations multiples à plusieurs visages de « Je suis un Autre ou les Miroirs de Bacon » Opus 1 et Opus 2 Université du CIAM Mirail Toulouse. Cette proposition associaient au travail réalisé différents artistes ayant collaboré avec Pascal Delhay tout au long de son parcours : Sarah Nassar (danseuse), Muriel Barra (danseuse chorégraphe), Anastasia Khvan (chorégraphe), Pascal Delhay, Michel Raji (danseur chorésophe), Lionel About (acteur, danseur, jongleur), Cathy Riou (Ex responsable de l’Atelier Danse St Cyprien, danseuse pédagogue), Isabelle Lefèvre (créatrice de l’entité danse St Cyprien, chorégraphe, danseuse), Nathalie Carrié (danseuse, chorégraphe), Pascale Péré (ex danseuse).
Ces « Impromptus« , donnés une fois par mois d’octobre à Mai 2018, entendaient aller au-devant des étudiants dans les différents lieux du campus. S’y joint, la projection des travaux passés via des archives vidéo, la projection du film « Rouscaillou sort de l’Ombre » réalisé avec le réalisateur Yan Grill, ainsi que la découverte de la production plastique de Pascal grâce à une exposition de photographies expressionnistes réalisées en collaboration avec le photographe Bruno Aptel.
Un spectacle pour et avec les étudiants du CIAM sera donné autour de cet hommage rétrospective.
Voici le témoignage de Caroline Engremy à l’occasion du travail mené avec Pascal Delhay sur un solo qu’il lui a écrit pour la série des « Je Suis un Autre » présenté au CIAM :
Je découvre alors une autre facette de Pascal, celle du metteur en scène, exigeant et inspiré. Dans cette fonction, Pascal cherche à révéler la beauté de l’artiste. Il ne s’agit pas de cette beauté relative, discutable, soumise aux codes de la culture, mais d’une beauté qui selon moi est en rapport direct avec la fréquence individuelle de notre taux vibratoire, le scintillement de l’âme. Et cela ne peut être que beau. Dans ses choix rigoureux et justes concernant la lumière et la musique, et avec cette conscience de tendre à rendre visible l’unicité de cette fréquence, Pascal agit bel et bien comme un Artisan de Lumière ».

Caroline Engremy, « Je suis un Autre », Résidence au CIAM, 2018. Photo Pascal Delhay
Recherches autour de l’AUTO – PORTRAIT
Un atelier de Création: « Je suis un Autre, les Miroirs de Bacon »
Le thème de l’Autoportrait sera moteur dans l’atelier de création “Je suis un Autre, Les Miroirs de Bacon » proposé aux étudiants du CIAM durant la résidence de Pascal Delhay 2017-2018. Pascal Delhay : « Le but de cet atelier était de travailler sur la base de l’autoportrait. »
Pour mieux se connaître il faut se confronter à sa propre image, ne pas éluder cette question de la représentation, mais y faire face. Le danseur ne se voit jamais en mouvement, contrairement aux autres disciplines artistiques qui peuvent agir sur une matière extérieure. Le danseur est sa propre matière en mouvement. Il ne se voit qu’après l’acte, s’il a pris la peine de se filmer ! Il ne lui reste que des traces de son passage, des témoignages du passé mais non le moment présent. Cette configuration d’une vitre reflétant son image au moment même où il agit change la perception qu’il a d’un mouvement qui ne “devrait” être qu’intérieur, suivant les diktats actuels, qui assure au regardeur un certain pouvoir sur ce qui est juste ou pas. Avec cette installation le danseur-acteur est maître de ses actes, et de ce qu’il donne à voir. Il s’agit alors de révélation, car il doit alors se dé-couvrir pour apparaître. Nul faux semblant ne trouve grâce à ses yeux, cette mise en abîme lui révèle qui il est et où il en est. Le travail véritable peut alors commencer, et ce sur la mécanique du mouvement qui sous-tend ses actes. C’est un retour aux fondamentaux du geste et de sa représentation dont il s’agit là. L’apparence cède le pas à l’apparition. En fait cela devient un face à face avec sa propre conscience, d’où sont écartées d’office la complaisance et l’autosatisfaction mais non l’humour de cette situation inconfortable.
Faisant pendant à ce travail en solitaire, un travail vidéo fût réalisé pour capter ces moments, à la seule fin de vérifier si ce que l’on donnait à voir était bien ce que l’on percevait et ressentait sur le moment ou pas. Il était indispensable pour avancer de se voir “sous toutes les coutures” pour ne pas “fantasmer” notre présence mais la réaliser pleinement en toute objectivité, autant que faire se peut.
Un travail photographique a été réalisé poursuivant cette direction autour de l’autoportrait. »

Pascal Delhay, » Je suis un Autre, Les Miroirs de Bacon ». Photo Bruno Aptel.
Voici quelques citations inspiratrices de cette exploration :
« Expérimentez à partir du monde objectif, et à moins qu’une chose ne soit prouvée par l’expérience, ne l’acceptez pas… Ainsi, quoi que vous expérimentiez, n’y prêtez pas trop attention… Souvenez-vous juste que tout ce qui est expérimenté est illusoire- seul celui qui expérimente est vrai. Soyez attentif au témoin ; centrez-vous sur le témoin et non sur les expériences. Aussi merveilleuses soient-elles, toutes les expériences sont semblables au rêve et il faut aller au-delà. » . Osho, Tantra Suprême Sagesse, page 79 & 84, Ronian Deniel Editeur, 2001.
« …L’important est qu’il (le procédé) ne contraigne pas la figure à l’immobilité ; au contraire il doit rendre sensible une sorte de cheminement, d’exploration de la figure dans le lieu, ou sur elle-même. C’est un champ opératoire. Le rapport de la figure avec son lieu isolant définit un fait ; le fait est…, ce qui a lieu… Et la figure ainsi isolée devient une image, une icône. » Gilles Deleuze, Francis Bacon/Logique de la sensation.
« …Isoler est donc la manière la plus simple, nécessaire quoique non suffisante, pour rompre avec la représentation, casser la narration, empêcher l’illustration, libérer la figure : s’en tenir au fait. ». Gilles Deleuze, Francis Bacon/Logique de la sensation.
« …Maintenant c’est dans le corps que quelque chose se passe : il est source du mouvement… » Gilles Deleuze, Francis Bacon/Logique de la sensation.
« …La tâche de la peinture (et de la danse !) est définie comme la tentative de rendre visibles des forces qui ne le sont pas. » . Gilles Deleuze, Francis Bacon/Logique de la sensation.
« Quelque chose se passe, et du moment que cela a commencé, rien ne sera plus pareil. Quelque chose se passe. Ou rien ne se passe. Un corps entre en mouvement. Ou reste immobile. S’il se meut, quelque chose commence. S’il reste immobile, quelque chose commence aussi. ». Paul Auster, Espaces blancs.
GOLEM fait partie d’une série d’autoportraits qui interroge au-delà des stéréotypes et des masques conventionnels l’origine et la mécanique du mouvement naissant ainsi que l’étrangeté des multiples visages de chaque être qui s’y confronte. Car nul ne sort indemne de ce face à face avec soi-même. « Si « je est un autre » qui suis-je ? ». « Nous sommes des êtres constamment traversés d’images qui resurgissent en nous pour des causes souvent inconnues » (Henri Bauchau) et qui font de nous des sujets imprévisibles, monstrueux et lumineux à la fois en proie aux démons comme aux aspirations les plus contradictoires.
L’autoportrait par la photo : les « Tableaux photographiques »
Ce travail a mené Pascal à composer la photo sous forme de «Tableaux Photographiques» et de diaporamas, à partir du détournement de sa propre image, où il se projette dans des environnements, composés de perspectives renversées, où l’on ne sait plus distinguer la part du réel et de l’imaginaire. Sa personne faisant corps avec l’environnement, c’est à la découverte d’un monde cette fois-ci singulièrement contemplatif que nous invite Pascal Delhay.

Golem II, tableau Photographique de Pascal Delhay. Tous droits réservés.
L’autoportrait Dansé dans un Intime Combat
Le projet s’appelle «INTIME COMBAT». Cette création ouverte est déclinée en plusieurs duos : l’un avec la Chanteuse Caroline Engremy, un autre avec le retour de son alter ego de tout temps : le chorésophe Michel Raji.
Découlant de ses précédents travaux sur les « Tableaux Photographiques », Pascal Delhay utilise alors la présence de vitres reflétant toujours son image, mais cette fois-ci dans une approche non plus systématiquement frontale mais « du coin de l’œil ». La possibilité de percevoir la trace de son mouvement en direct lui permettra de le « ressentir » sans toutefois poser un regard analytique sur son image. Les duos suivants avec Caroline Engremy chanteuse, se situent dans ce champs( chant) de recherches…
INTIME COMBAT 1 : Duo avec le danseur Chorésophe Michel Raji
L’autre volet de cette dernière création sera l’occasion de retrouver Michel Raji, pour un nouveau rituel « intemporain ». Ce duo fait suite à leurs deux premières rencontres autour des Noces, celles du Capricorne (Théâtre Garonne-1995) et celles du Lion (Le Ring-2009) puis à leur collaboration à partir du poème « Un arc-en-ciel pour l’occident chrétien » de René Depestre.
Leurs retrouvailles est « un rituel où la danse sera Primale ou ne sera pas ! La Danse Primale est une danse de l’instant ancrée dans le passé et tournée vers l’avenir de l’homme. Elle prend sa source dans tous les grands courants mystiques de l’humanité. La spirale est son élan et son achèvement . « Intime » car secrète , de l’ordre de la confession, de la révélation. « Combat » car toutes véritable révélation voit le jour après un long corps à corps avec les forces qui nous animent et nous remuent. » Pascal Delhay.

« Intime Combat » duo Pascal Delhay & Michel Raji, 2018.
Photo François Rigal.
INTIME COMBAT « est une danse de l’âme pour un monde en sursis, qui ne croît plus, qui décroît ; c’est un rituel intemporain pour ranimer la foi en l’Être, c’est un présent en offrande à la vie , une re-connaissance des forces qui nous meuvent et nous é-meuvent. Un hymne à la beauté sauvage d’un univers en mouvement qui nous fait naître, une célébration de l’instant présent. » Pascal Delhay

« Intime Combat » duo Pascal Delhay & Michel Raji, 2018.
Photo François Rigal.
Pascal Delhay poursuit son travail dans une recherche continue d’identité et d’expressions. Sous ces deux formes distinctes « Intime Combat » fera appel à la mémoire et à l’histoire de la danse.
INTIME COMBAT 2 : Duo avec la chanteuse Caroline Engremy
INTIME COMBAT 2 est un hommage à Valeska Gert (1892- 1978) qui incarnait par sa seule présence, la danse dite « Grotesque« .
« Cette femme m’a toujours fasciné, sans doute parce que je m’y retrouve, même si je ne l’ai pourtant vue qu’à travers des photos d’époque ». Pascal Delhay
Valeska Gert est une figure tutélaire et haute en couleur de la danse moderne avant l’heure, une pionnière d’un art expressionniste et total concentré en sa seule personne. Par sa présence en scène, elle prend et donne vie à ses solos. Pascal trouve en elle une danse originelle, un besoin irrépressible de revenir aux racines de l’expression contemporaine dont la charge subversive et déroutante lui est à la fois salutaire et jouissive. Repartir de ses pas pour « re-chausser » les souliers d‘une danse qui ne se préoccupait pas d’esthétique mais surgissait d’elle-même en accord avec sa nature. Entre danse et théâtre l’expression est totale. Le visage porte la danse au même titre que le reste du corps.
Le duo avec Caroline Engremy porte une nouvelle direction : l’omniprésence de la voix « parlée-chantée », une « Danse Deux Voix » comme il l’a nommée.

Pascal Delhay dans « Intime combat », avec Caroline Engremy, CIAM, 2018.
Photo François Rigal.
Même si Pascal Delhay pratiquait déjà la poésie sonore depuis 1989, la présence de Caroline Engremy, chanteuse de la scène improvisée qu’il connait depuis 22 ans, lui permet de pousser plus loin cette approche vocale. En combinant leurs deux mondes, ils développent un uni-vers fusionnel entre Danse et Voix. Alors, la réalité implose pour donner vie à une dimension tribale et jouissive de l’instant débridé, où les conventions sont mises à mal.


Caroline Engremy, « Intime Combat », Duo avec Pascal Delhay, CIAM , 2018.
Photo François Rigal.
Extrait du témoignage de Serges PEY, suite à ce spectacle Intime Combat 2 :
« Dans Intime Combat 2, accompagné par la voix sauvage et magique de Caroline Engremy, il brise la distance qui sépare le public en nous offrant le corps sacrifié de nuit et de lumière.
Serges Pey
Pascal Delhay : un artiste absolu qui danse avec le double de nos corps jusqu’à crever nos yeux. »
« Métamorphoses For Elinor », Duo avec la chanteuse Caroline Engremy, CIAM, 2019.
Un duo Hommage à Elinor Ambasch.
Cette création « Métamorphoses For Elinor » permettra à Pascal Delhay de revenir à l’origine de sa rencontre avec la Danse : la vue d’un spectacle d’Elinor Ambasch.
Par cet hommage qu’il rendra à la chorégraphe Elinor Ambash (1953-2015) trop tôt disparue, il remettra en perspective l’importance et la place de celle qui reste pour lui la plus grande chorégraphe contemporaine de notre époque.



« Métamorphoses For Elinor », Duo Pascal Delhay & Caroline Engremy, CIAM, 2019.
Photo François Rigal.
Voici le témoignage de l’écrivain, acteur et metteur en scène François-Henri Soulié, à propos de ce spectacle » Métamorphoses For Elinor », 2019.
« Texte pour Pascal Delhay en mémoire d’Elinor.«
« Comme toute naissance cela commence par la nuit. Le théâtre devient cet antre obscur d’où jaillit la vie, une vie organique, d’avant l’histoire. Ou simplement, un sommeil d’où surgissent les songes. Mais ce n’est pas ce sommeil de la conscience générateur de monstres dont Goya s’effrayait. C’est seulement l’engourdissement de la matière qui, peu à peu va se mettre à rougeoyer du vivant. Une matière humaine, faite d’espace et de temps, de souvenirs confus et de projets flous. Et puisqu’il s’agit d’un hommage, c’est à dire d’une déclaration d’amour au souvenir, alors peut-être ce noir primitif n’est-il rien d’autre qu’un trou de mémoire. La crypte pudique ou l’humanité a enfoui ses secrets. Pascal Delhay serait donc ce mineur qui plonge dans un fabuleux trou de mémoire à la recherche des diamants et du coup de grisou. À la recherche de preuves d’amour, aussi.
Très vite le silence enfante le son. De l’indéchiffrable surgissent la forme et le geste premiers. Ici, le mouvement est une quête du monde, il va à tâtons, fébrile, incertain, espérant et craintif. La main aborde le néant qui la baigne dans l’inquiétude de la brûlure et le désir de la caresse avec la violence du coup de poing. Le corps tout entier se heurte à des obstacles connus de lui seul, se roule dans le ressac d’une mer trop vaste. Mais s’il se noie, c’est pour mieux s’envoler ; s’il se brise en mille éclats, c’est pour reformer le puzzle. Rien n’est définitif, rien n’est gagné, rien n’est perdu dans cette danse puisque le cœur chaotique y bat toujours… Et les images crèvent à la surface du chaos. C’est le nu de Marcel Duchamp en train de descendre pour de bon l’escalier. Ce sont les chevaux du photographe Muybridge qui retiennent leur galop en une multitude d’arrêts sur image, sans cesser de galoper. De transfigurations en métamorphoses, l’officiant invoque l’animal et l’humain, la pulsion instinctive et le rituel sacré. L’antique et l’aujourd’hui.
Soudain, un drapé blanc se soulève et c’est le chant qui vient nous cueillir par les oreilles de l’âme. Un chant habillé d’un corps de femme. Délicatesse de sirène bienveillante. C’est une valse d’amoureux qui étreint par la taille le vide de tous les abandons vécus. C’est un voile tendu où s’imprime la silhouette des combats initiatiques dans un labyrinthe sans mur et sans autre minotaure que soi-même. C’est un drap au sol sous lequel le danseur se glisse comme sous la peau d’un lac. Mais non, ce n’est qu’un drap de lit où le sauvage Éros déploie ses tours de passe-passe. C’est un masque amical qui veille sur l’oreiller où dort notre enfance peureuse et confiante. Il y a quelque chose d’homérique, là-dedans, comme dans le fait d’ouvrir un parapluie.
Samuel Beckett n’est pas loin, Buster Keaton non plus. Cela raconte la mort des Dieux et l’invention pas à pas de l’humanité, à chaque instant recommencé dans son sublime grotesque et toute sa noble dérision. À ces images hyper-visuelles et plastiques, s’ajoutent les images auditives d’un son sculpté avec raffinement. Un son qui fait main basse sur les bruits et les musiques avec la même fringale, la même délectation acoustique que l’on met à composer un plat. Peut-être ai-je vu là quelque chose qui me parle d’Artaud et de son théâtre de la cruauté. Mais une cruauté qui aurait aussi le sens de l’humour.
Peut-être, en fin de compte, Pascal Delhay proclame-t-il dans ce spectacle la plus haute forme de subversion qui soit : celle de la poésie pure.
Je ne sais pas exactement ce que j’ai vu. Laissons l’exactitude aux constats de police. Mais je me souviens de ce que j’ai vécu. J’en garde le bouleversement en partage et je retiens précieusement ces dernières minutes aux cours desquelles j’ai entendu, pour de bon, tous les chagrins du monde éclater de rire en même temps. Suprême élégance. » François-Henri Soulié.

Elinor Ambasch
Pascal Delhay, un Formateur Pédagogue
Interventions en tant que chorégraphe Formateur
De part la notoriété acquise avec sa Compagnie KLASSMVTE dans le milieu naissant de la danse contemporaine sur Toulouse dans les années 80, Pascal Delhay est choisit comme formateur au sein de la formation pluridisciplinaire « Pour un acteur pluriel » du Théâtre 2 l’Acte de Michel Mathieu durant près de 13 ans , de 1998 à 2011.
Avec des élèves choisis de cette formation, il crée le Groupe HORTENSE, un atelier de recherche et création en danse -théâtre qui donnera lieu à des spectacles.
Il collabore également avec l’école de cirque du LIDO sur Toulouse en créant la mise en scène du spectacle des arts du cirque en 1998.
D’autre part, dans le cadre de « Danse à l’école » organisé par l’ADDA 82, il crée avec des enfants le spectacle Tohu-Bohu (Extrait du spectacle sur la page VIDÉOS).
De 2008 à 2009 : il est le directeur artistique de la manifestation « La mémoire des saisons » (théâtre, musique, danse) au théâtre Toulousain Le Ring.
Un atelier de création « Je suis un Autre » pour les étudiants du CIAM
En 2017-2018 Pascal Delhay est accueilli en Résidence « carte blanche » par Mr Michel Chandelier, Directeur du CIAM à l’occasion des 40 ans de l’Université du CIAM Mirail de Toulouse et des 40 ans de la carrière de Pascal Delhay commencée en danse en 1979 : « Attention, Homme Dansant ».
Un spectacle pour et avec les étudiants du CIAM sera donné autour de cet hommage rétrospective avec projections des travaux passés via des archives vidéo .
Michel Chandelier : « De plus en plus souvent, la place de l’étudiant dans l’action culturelle et artistique s’identifie à l’acteur et non plus seulement à celle du spectateur. La résidence proposée à Pascal Delhay par le CIAM se devait d’illustrer aussi cette évolution. Elle se concrétisa dans la définition d’un atelier de création appuyé sur le cycle de créations inédites « Je suis un autre, Les Miroirs de Bacon ». Michel Chandelier, Directeur du CIAM.

Chen Ke & Andrea Vibert, étudiantes au CIAM, Atelier de Création « JE SUIS UN AUTRE » 2018. Photo Pascal Delhay
Témoignages sur son enseignement
Andrea Vibert qui est étudiante à l’université Jean Jaurès et danseuse amateur, a travaillé avec lui autour du projet «Je Suis Un Autre» dans le cadre de sa rési-danse.
Elle écrit à Pascal :
«Ta danse est portée par ta philosophie. S’il y a une chose que j’ai ressenti dans cette résidence c’est bien cette intime relation qui existe entre ta pensée et ton art. Partager ton regard sur le monde est donc nécessaire pour transmettre ta danse sans en altérer l’essence. Les chemins de ton mouvement font souvent écho au cheminement de ta pensée, sans jugement, tout en prenant en compte ce qui nous entoure, ce dans quoi on s’inscrit. Le parcours intérieur et le tout extérieur transductent (au sens de la transduction de Simondon), autrement dit se coconstruisent.
L’extérieur alimente l’intérieur, l’intérieur alimente aussi l’extérieur et la danse permet aux deux de communiquer. “
Andrea pointe là la particularité de Pascal, qui est de vivre sa Danse en esprit et en corps.
Il ne s’agit donc pas là d’un enseignement qui serait du savoir « pur » déconnecté du vécu de l’intéressé, mais une communication « communiante » qui fait passer en parole et en gestes la totalité de l’expérience de l’enseignant. Et ce par sa présence même, qui est le véhicule d’une conscience en mouvement et non l’accumulation d’un savoir livresque détaché de lui.
Sous cette forme, celui qui reçoit et celui qui donne apprennent autant l’un de l’autre, car le donneur ne réalise la passation qu’à la condition d’être véritablement entendu par celui qui reçoit.
Cet enseignement n’a de valeur que si l’enseignant apprend constamment de celui qu’il instruit. Il lui faut se dépouiller de toutes certitudes pour entrer en contact avec la réalité qui unit ces deux êtres. De là il pourra créer les conditions d’une passation qui sera alors de l’ordre du non-dit et non du simple discours, car chaque rencontre est l’occasion d’un renouvellement de son point de vue pour s’adapter en permanence aux circonstances environnantes.
Ne pas tenir compte des conditions extérieures et intérieures de tous ceux qui sont concernés par l’expérience, ainsi que des conditions environnantes, voue celle-ci à un échec certain, car ne serait retenue que l’enveloppe et la lettre de l’enseignement et non l’esprit qui le sous-tend.
Il ne s’agit pas de vouloir « con-vaincre » l’autre en théorie mais de l’amener à s’ouvrir au processus qui est à l’origine de la pratique. Ainsi de l’un à l’autre chacun « s’apprend par la main » si je puis dire.
L’apport de Pascal Delhay est sans nul doute dans sa manière de faire qui découle de sa manière d’être. Il n’y a pas de séparation, de division en lui. S’il peut apporter un « quelque chose » à l’université, cela proviendra d’un état d’esprit sans calculs et au partage de son expérience encore vive, car jamais fixée dans un dogme.
Sa présence discrète et bienveillante sur le campus reflète sa philosophie en œuvre. Il ne cherche pas à démontrer mais à vivre l’instant dans une présence consciente et joueuse.
L’instant le caractérise quand il est présent dans ses impromptus qu’il nomme des « Moments Volés à la Réalité ».
Rares sont les moments où nous ne sommes plus seulement dans nos têtes, mais réellement dans le monde, éveillés pleinement émerveillés. Ce simple constat pourrait justifier la nécessité de sa présence.
Si vous l’observez quand il est en action parmi les autres, vous constaterez qu’il se garde de faire cercle autour de lui, car pour lui la valeur de cette pratique tient dans la prise en compte qu’il fait partie d’un tout, et non qu’il en est le centre d’intérêt.
Ses actions sont interdépendantes du milieu où il évolue, et c’est dans cette relation sensible qu’il peut faire rire ou émouvoir les autres. C’est pourquoi il préfère intuitivement intervenir à l’extérieur dans un cadre « naturel » plutôt que sur scène même, où là, d’autres enjeux sont de mise.
L’enseignement véritable dépend d’un ensemble de conditions premières, pour une passation véritablement constructive. Nul ne peut « forcer » qui que ce soit à s’épanouir.
L’enseignant et l’enseigné peuvent se trouver « d’instinct » (pour cela il faudrait au moins lui faire confiance !) c’est-à-dire par affinités communes, ou plus exactement intuitives. La passation se fera alors sans efforts et sans conflits inutiles.
Cela a été le cas concernant ces deux personnes remarquables qu’il lui a été donné de rencontrer dans ce cadre universitaire. Nous voulons parler de ces deux étudiantes qui ont suivi son enseignement, Andrea et Ke.
Il n’y a pas eu à proprement parlé de choix, ce sont plutôt les circonstances qui ont joué mais également une « concor-dance » qui les a mis en contact… et cela au-delà de toutes préférences personnelles ou particulières. C’est leur détermination qui l’a poussé à trouver un lieu approprié à ce qu’il voulait leur faire passer. Sans cette condition « désirante » de leur part, doublée d’une « intime conviction » commune qu’ils avaient quelque chose à partager, il n’aurait jamais pu leur apporter quoique ce soit.
En occident l’enseignement est fait en vue d’informer et d’assister l’étudiant, de manière à ce qu’il maîtrise le sujet aussi aisément que possible. En Orient par contre la voie est plus ardue car il faut qu’il trouve tout par lui-même.
Nous avons deux manières d’envisager l’enseignement, l’un qui vient de l’extérieur et qui est « imposé » à l’étudiant ; l’autre vient de l’intérieur, car il est le fruit d’une recherche et d’un désir personnel.
Comme dit Lao-Tseu : « L’écolier acquiert un peu plus chaque jour ; le taoïste, lui, perd un peu plus chaque jour. »
En conclusion, laissons la parole à Ke Chen, une étudiante que Pascal a fait travailler durant sa résidence au CIAM :
«Je remercie Pascal pour tout ce qu’il nous a fait découvrir. Il est particulièrement à notre écoute. Je me sens à l’aise en sa présence. Il nous observe de près lors du travail pour nous encourager et nous corriger, il nous donne également beaucoup de conseils, en nous montrant si nécessaire ; mais aussi il nous laisse un certain degré de liberté et n’impose pas d’objectifs. Il sait ajuster le contenu et la méthode d’enseignement en fonction de notre capacité de compréhension. Il partage beaucoup de choses avec nous concernant son parcours, ses opinions, ses expériences. Sans nul doute cela me servira dans ma conception de mon projet professionnel. A ce stade de mes études je suis très reconnaissante (et chanceuse) de cette proposition d’atelier proposé par le CIAM. Pour nous étudiants, l’intervention d’artistes professionnels comme Pascal nous apporte beaucoup d’avantages constructifs.
Pascal est une personnalité admirable et adorable. Il a une vision très ouverte et c’est quelqu’un de compétant, singulier, mais aussi de modeste, calme, bienveillant. Il a plein de sympathie pour les gens. Je vois en lui une certaine philosophie taoïste ou zen – un état d’harmonie avec le cosmos.»
Sa gratitude envers ceux qu’il guide sur leur chemin est sans bornes, quand ces personnes réalisent pleinement et en conscience, comme c’est le cas d’Andrea et de Ke, les bienfaits qu’elles ont tirés de leurs rencontres communes.
En Juin 2018, un spectacle présente le travail accompli avec des étudiants de l’université du Mirail autour de « Je suis un Autre, Les Miroirs de Bacon ». La présentation se fera au CIAM mais également à Lacroix Falgarde durant le 7ème Festival Itin’errances : « la Voix du cours d’eau », une création Klassmvte avec Sarah Nassar, solo mis en scène par Pascal Delhay.
Témoignages de Stagiaires de Pascal Delhay
- Pascal Delhay anime régulièrement des ATELIERS et STAGES de Danse tant dans la nature qu’en paysage urbain. Voici quelques retours de Stagiaires de Danse Nature.




- Témoignages de Stagiaires du Théâtre 2 L’Acte :
Lauriane Langevin , chanteuse, ancienne Stagiaire de la Formation du Théâtre 2 l’Acte :
« Après des heures (tant aimées) de danse au conservatoire du Mans, voici ma dernière plus belle rencontre, Pascal Delhay, mon dernier maitre puisque je me suis ensuite dirigée vers la voix. La dernière empreinte ressemble donc à nos heures de travail dans un entrepôt à Toulouse, il y a de ça 15 ans, sans miroir, sans concession, sans tricherie, avec courage, lâché prise et imagination.
Il nous disait « bon voyage » comme je le dis aujourd’hui à qui fait de l’improvisation vocale avec moi. Et dans la dimension du réel, l’espace sacré se traçait à la ligne, le respect et la concentration en devenaient plus denses.
15 ans après, il n’y a plus de ligne… l’espace sacré est devenu la dimension du réel.
Voilà pourquoi je reconnais le véritable enseignant non seulement à sa technique mais au fait qu’il soit un maitre de vie qui sème généreusement dans l’ombre comme dans la lumière. Voilà pourquoi j’aime être mon propre maitre tout en reconnaissant celui ou celle qui m’apporte encore.
Merci pour ces heures. »
Jessica Basselot Groc, metteur en scène, ancienne stagiaire de la Formation du Théâtre 2 l’Acte.
« L’enseignement que j’ai reçu de toi demeure, encore aujourd’hui, comme un élément de la toile de fond complexe qui constitue ma pensée. Il est difficile d’y mettre des mots car les ateliers traversés avec toi sont de l’ordre d’une expérience physique, concrète, et méta-physique simultanément, de l’ordre de l’imaginaire qui se construit, pour être plus fort, à dimension plus vaste et plus profonde, et pouvoir ensuite passer dans l’ordre symbolique du langage, de l’expression ou l’affirmation de soi en face et avec l’Autre, expérience fondamentale relevant de la modification de la perception.
Certainement, aujourd’hui, je ne souhaite pas y mettre de mot précis.
Ces fragments d’images physiques, de pensée organique, d’image-temps, sont une matrice précieuse et certaines choses doivent rester, pour moi, dans l’indicible.
Obscurité
Douleur et plaisir
Devenir animal
Devenir végétal
Odeurs, sécrétions du corps de l’Autre qui n’est plus étranger et l’est encore plus
État dionysiaque de l’unité avec la Nature et avec chaque humain
Peut-être, certainement même, ces expériences m’ont-elles aidée à pouvoir lire Deleuze et Guattari. Aidée aussi à mille autres choses, mille autres actions, Agir. Rentrer dans les philosophies du corps. Je le réalise en t’écrivant.
Oh, j’y pense ! Un truc tout bête et pourtant… Je garde aussi cela, de ton enseignement, le plaisir de danser, juste pour moi, hors de la norme et pourtant avec elle, de ne plus ou que très peu avoir peur que mon corps bouge dans l’espace social. En tant que femme, même si je ne me vis pas, psychiquement parlant, comme une femme ni comme un homme d’ailleurs (données culturelles), ce n’est pas rien, tout de même, que ce bout de liberté.
Le goût de l’effort et de la discipline aussi sont des paramètres de ma vie que j’ai renforcés en travaillant avec toi.
Je dis « enseignement » et pour une part c’est vrai, c’est juste, pour autant j’ai plus le sentiment d’avoir travaillé avec toi, à côté de toi, à chercher mon chemin, sous le regard-corps attentif d’un maître qui était maître, justement, parce qu’il ne se positionnait jamais en tant que tel.
Autre petit morceau de ton souvenir en moi.
A m’y pencher, tu vois ? Je trouve non pas une définition de ce qu’étaient tes séances mais quelques échos vibrant au temps présent. »
Pascal Delhay, un créateur Multi-fonctions
Une créativité en perpétuel renouveau et jaillissement.
Des créations photographiques et plastiques
- Pascal Delhay est également SCULPTEUR.
- Il compose des « Tableaux Photographiques ». En 2017 sa Collection intitulée « Je suis un Autre » sera exposée à Castanet (31).
Des créations sonores sous le pseudonyme de Kelvin RAS
Pascal Delhay est également poète et paysagiste sonore. Dans ce registre de création il prend le pseudonyme de KELVIN RAS.
« Cher Pascal Delhay,
Tout de suite, je vous le dis : votre CD « 10 ans de poésie sonore » m’a beaucoup plu. Mon étonnement, par contre, est de découvrir votre nom que maintenant, en quelque sorte, clandestinement ! … Votre discrétion – ou c’est moi qui retarde et ne suis pas du tout à la page- a besoin d’être sacrément corrigée !
Or en ce qui concerne vos propres textes, ce que j’ai admiré – au-delà de leur contenu- c’est le ton qui les porte, admirablement naturel, parfaitement approprié, précisément aux propos qu’ils émettent. Il y a d’évidence, une formidable aisance et justesse d’enregistrement. Une parfaite maîtrise !
Je l’avoue, si cette partie de votre travail, parce que relevant du passé, devait être à tout jamais abandonnée, personnellement, je le regretterais !
J’espère que l’enfouissement ou la noyade finale n’est qu’une fin symbolique et que d’autres bandes, d’autres CDs, d’autres travaux suivront !
Avez-vous lu ces pièces- ou d’autres- en public ? Ou ne sont-elles destinées qu’à être écoutées par CD interposé ? Si oui, j’espère avoir la chance, un jour d’être spectateur dans une salle. Leur expressionnisme serré, compact et confidentiel-toute théâtralité étant exclue d’emblée- ne doit pas rendre leur mise en espace facile !
Merci de m’avoir confié ce CD et de m’avoir permis de découvrir votre travail.
Très cordialement
Bernard Heidsieck

Kelvin Ras Alias Pascal Delhay, Extrait du Tableau Photographique « The Filmmaker » de Pascal Delhay @ Tous droits réservés
***Dans ses créations Sonore, Kelvin RAS a d’abord enregistré différents auteurs :
***Pascal Delhay enregistre ses propres compositions originales
Il se rapprochant alors de l’essence de sa recherche vocale dans une musique « PRIMALE » avec ses créations originales:
- « 19 STANCES »
- « PAROLE CHAMANES »
- « AGE DE FER/AGE OF FEAR ».
- Il compose « INCANTATIONS/ EVOCATIONS » en duo avec la chanteuse Japonaise Fuji Yuki. Album sortie en édition limitée sous le label Anglais Reverb Worship en 2022. Il donneront ce duo dans un prochain spectacle Danse/Voix en Novembre 2023 à Toulouse (voir la page des PROCHAINS SPECTACLES).
Au total, en seulement deux ans, Pascal Delhay , sous le Pseudonyme de Kelvin Ras auto-produit près de 14 Albums.
Contact : delhaypascal@gmail.com
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